Bienvenue à l’ère du technoféodalisme

Les géants de la technologie ont renversé le capitalisme. C’est l’argument de l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, devenu célèbre en essayant de défendre la Grèce criblée de dettes contre ses créanciers allemands. Varoufakis n’a jamais vraiment retrouvé la notoriété de 2015. Mais il est resté une voix éminente de gauche. Après une campagne ratée pour un siège au Parlement européen en 2019, il envisage de se représenter en juin prochain. Cette fois, son adversaire n'est ni Berlin ni les banques. Ce sont les entreprises technologiques qu’il accuse de fausser l’économie tout en dressant les gens les uns contre les autres.

Couverture du livre Technoféodalisme : ce qui a tué le capitalisme

Varoufakis est également un auteur prolifique ; son 17e livre, écrit comme une lettre à son père techno-curieux, raconte l'évolution du capitalisme depuis le boom publicitaire des années 1960, en passant par Wall Street dans les années 1980, jusqu'à la crise financière de 2008 et la pandémie. Dans ses passages les plus convaincants, Technoféodalisme soutient qu'Apple, Facebook et Amazon ont tellement changé l'économie qu'elle ressemble désormais au système féodal médiéval de l'Europe. Les géants de la technologie sont des seigneurs, tandis que tous les autres sont des paysans qui travaillent leurs terres pour peu en retour.

Pour Varoufakis, chaque fois que vous publiez sur X, anciennement Twitter, vous travaillez essentiellement sur le domaine d'Elon Musk comme un serf médiéval. Musk ne vous paie pas. Mais votre travail gratuit le rémunère, en un sens, en augmentant la valeur de son entreprise. Sur X, plus il y a d’utilisateurs actifs, plus de personnes peuvent voir de la publicité ou vendre des abonnements. Sur Google Maps, affirme-t-il, les utilisateurs améliorent le produit en alertant le système des embouteillages sur leur itinéraire.

La comparaison féodale n’est pas nouvelle. Mais Technoféodalisme tente de présenter l’idée à un public plus large. Sa sortie aux États-Unis, lancée un mois avant que les régulateurs américains et européens ne lancent simultanément des actions antitrust contre Apple, a également eu un timing impeccable.

Sur Zoom, j'ai parlé avec Varoufakis, depuis son domicile près d'Athènes, de la façon dont les géants de la technologie ont changé l'économie et pourquoi nous devrions nous en soucier.

Cette interview a été éditée pour des raisons de longueur et de clarté.

WIRED : Ce mot, technoféodalisme, Qu'est-ce que ça veut dire? Quelle est la pertinence du système féodal ici ?

Yanis Varoufakis : Le profit conduit le capitalisme, la rente conduit la féodalité. Maintenant nous avons déménagé [from one system to the other] à cause de cette nouvelle forme de capital super-duper, tout chantant et tout dansant : le capital cloud, le capital algorithmique. Si j’ai raison, cela crée de nouveaux fiefs numériques comme Amazon.com, comme Airbnb, où le principal mode d’extraction de richesse ne prend pas la forme de profit mais de loyer.

Prenez l'Apple Store. Vous produisez une application, Apple peut retenir 30 % de vos bénéfices [through a commission fee]. C'est un loyer. C'est comme un loyer foncier. C'est un peu comme si l'Apple Store était un fief. C'est un fief des nuages, et Apple perçoit une rente exactement comme dans la féodalité. Mon argument n’est donc pas que nous sommes revenus du capitalisme au féodalisme. Mon argument est que nous avons progressé vers un nouveau système, qui présente de nombreuses caractéristiques du féodalisme, mais qui a une longueur d’avance sur le capitalisme. Pour signaler cela, j'ai ajouté le mot techno.

François Zipponi
Je suis François Zipponi, éditorialiste pour le site 10-raisons.fr. J'ai commencé ma carrière de journaliste en 2004, et j'ai travaillé pour plusieurs médias français, dont le Monde et Libération. En 2016, j'ai rejoint 10-raisons.fr, un site innovant proposant des articles sous la forme « 10 raisons de... ». En tant qu'éditorialiste, je me suis engagé à fournir un contenu original et pertinent, abordant des sujets variés tels que la politique, l'économie, les sciences, l'histoire, etc. Je m'efforce de toujours traiter les sujets de façon objective et impartiale. Mes articles sont régulièrement partagés sur les réseaux sociaux et j'interviens dans des conférences et des tables rondes autour des thèmes abordés sur 10-raisons.fr.