La bataille de Marseille contre l’État de surveillance

caméra de sécurité à marseille

GABRIELLE VOINOT

Pour Nano, le fluage d’une surveillance accrue a une résonance personnelle. Elle a grandi en Albanie alors qu’elle oscillait entre différents régimes politiques dans les années 1990. Son père, un politicien, s’est opposé au parti qui était au pouvoir pendant une partie de cette période. « Ce fut une période très difficile pour nous, car nous étions tous surveillés », dit-elle. Sa famille soupçonnait les autorités d’avoir installé des punaises dans les murs de leur maison. Mais même en France, les libertés sont fragiles. « Ces cinq dernières années, la France a vécu la plupart du temps en état d’urgence », dit-elle. « J’ai vu de plus en plus de contraintes imposées à notre liberté. »

Des inquiétudes ont été soulevées dans tout le pays. Mais le déploiement de la surveillance a rencontré une résistance particulière à Marseille, la deuxième plus grande ville de France. La ville méditerranéenne bruyante et rebelle se trouve sur certaines des lignes de faille qui traversent la France moderne. Connu pour ses bars branchés, ses studios d’artistes et ses centres de démarrage, il est également connu pour ses drogues, sa pauvreté et ses activités criminelles. Il a l’une des populations les plus ethniquement diversifiées d’Europe mais est bloqué en Provence-Alpes-Côte d’Azur, une région qui penche à l’extrême droite. La ville recule. Son attitude pourrait se résumer à des graffitis que vous croiserez peut-être en entrant sur l’autoroute A7 : «La vie est (re)belle.”

Tout cela fait de Marseille un curieux terrain d’essai pour les technologies de surveillance. Lorsque le président Emmanuel Macron s’est rendu dans la ville en septembre 2021, il a annoncé que 500 caméras de sécurité supplémentaires seraient données au conseil municipal. Ils seraient placés dans un quartier de la ville qui abrite un grand nombre d’immigrants et qui est devenu synonyme de violence et d’activité de gangs. Il a adopté un ton d’ordre public : « Si nous ne pouvons pas réussir à Marseille, nous ne pouvons pas réussir en France. »

Cette annonce n’était que la dernière d’une série de développements à Marseille qui montrent une dépendance accrue aux caméras dans les espaces publics.

Les militants ripostent, soulignant la portée excessive et la sous-performance du système de surveillance existant. Leur message semble résonner. En 2020, la ville a élu une nouvelle administration, celle qui avait promis un moratoire sur les dispositifs de vidéosurveillance. Mais les Marseillais ont-ils réussi ou combattent-ils simplement une marée montante ?

Technopolice, un réseau militant et militant lancée par le groupe de défense des droits numériques La Quadrature du Net en collaboration avec d’autres groupes, a vu le jour en 2019. Félix Tréguer, chercheur associé au CNRS Centre Internet et Société, était l’un des initiateurs de la campagne. Il avait vu de plus en plus d’articles dans les médias français sur de nouveaux projets de surveillance et était choqué de voir à quel point ils n’étaient pas critiques. « [One] simplement ressassé le communiqué de presse du conseil municipal de Marseille », dit-il.